Dans ces milieux obscurs où s'écoula mon enfance, dans ces familles jalousement fermées aux étrangers, dans ces pays perdus, dans ces coins de province où personne ne passe et où il semble qui ne se passe rien, il y avait un enfant espion, un traître, inconscient de sa traîtrise, qui captait, enregistrait, retenait à son insu la vie de tous les jours dans sa complexité obscure. Un enfant, pareil à d'autres enfants et qui n'éveillait pas le soupçon.[...]
Lorsque plus tard, il reçoit des lettres furieuses de ceux qui ont cru se reconnaître dans tel ou tel personnage, il éprouve de l’indignation, de l’étonnement, de la tristesse … et cependant, il n’a pas la conscience tranquille.
Je ne puis concevoir un roman sans avoir présente à l’esprit, dans ses moindres recoins, la maison qui en sera le théâtre ; il faut que les plus secrètes allées du jardin me soient familières et que tout le pays d’alentour me soit connu.
Les propriétés de ma famille et de mes proches n’y suffisent plus, et je suis obligé d’envahir les immeubles des voisins. C’est ainsi qu’il m’est arrivé, en toute innocence, de déchaîner en imagination les plus terribles drames au fond de ces honnêtes maisons provinciales où, à quatre heures, ...
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